Rencontre avec le Mouvement Centrafricain pour la Rupture (MCR) – mot de bienvenu

Mesdames et Messieurs les Membres du MCR,

Chers compatriotes.

Je commence par vous exprimer mes remerciements et ma reconnaissance pour avoir accepté de faire le déplacement de Verneuil l’Etang pour notre rencontre.

Pourquoi cette rencontre ?

J’avoue qu’après avoir quitté les activités gouvernementales et politiques de notre pays au mois de Juin 2012, je me suis mis en retrait pour que mon départ ne soit pas utilisé comme un sujet de « perturbation » des efforts de stabilisation de notre pays qui sont déployés par les acteurs politiques nationaux et la communauté internationale.

Aujourd’hui, c’est pour moi un honneur de me retrouver avec vous pour parler à cœur ouvert de nous-même et de notre pays en toute fraternité. Je saisi aussi cette opportunité qui m’est offerte pour remercier Madame Lydie NZENGOU qui m’a interviewée en Mai 2014 à travers son média en ligne : l’« Opinion Internationale ». Cette interview m’avait non seulement permis de m’exprimer sur des questions d’actualités de notre pays, mais aussi de découvrir l’existence du Mouvement Centrafricain pour la Rupture (MCR).

J’ai été interpellé par l’idéologie du MCR qui prône la révolution d’un système de gouvernance qui retarde notre nation à amorcer son développement. Ce sont des démarches comme celles-ci qui permettront à notre génération de donner un déclic au relèvement de notre patrie. C’est pourquoi je suis heureux de pouvoir échanger avec vous sur la crise qui a frappé notre pays et sur tous les sujets même sensibles qui pourront nous conduire vers une nouvelle vision du Centrafrique.

Comme tous les centrafricains, j’avais vu et écouté les médias relayer des rumeurs de ce coup d’Etat, qu’ils ont ensuite confirmé sur la base de, je ne sais quel éléments de preuve. Certains ayant pris leurs délires pour la réalité et ont même réclamé que je sois poursuivi. C’est donc dans un climat de psychose, de diffamation, de panique et de menace de mort que j’avais effectué mes dernières actions au sein du gouvernement.

Et je puis affirmer que contrairement à ce qui a été dit, ma maison n’avait jamais été perquisitionné pour récupérer des armes, et aucune interpellation n’a été émise à mon encontre ni par la justice ni par le gouvernement sous le pouvoir de l’Ex-Président BOZIZE. Mon démenti lors de ma passation de service n’a pas été entendu. Je me souviens avoir pourtant clairement dit : « que le mal centrafricain ne viendra pas de moi ». Aujourd’hui encore, certains croient pouvoir utiliser mon silence pour tromper l’opinion sur ma personnalité.

Qui suis-je ?

Je suis Monsieur Sylvain NDOUTINGAI de nationalité centrafricaine. Je suis né le 24 Mai 1972 à Bossangoa dans la Préfecture de l’Ouham. Je suis un chrétien pratiquant qui a bénéficié dès mon bas âge de l’encadrement des religieux qui ont fortement influencé mon caractère et ma vie. J’ai été consacré Diacre à l’Eglise Evangélique des Frères de NBENGUEWE, le 12 Février 2012 après que je fus longtemps Maitre de Chorale et Chef de Troupe de la Jeunesse Evangélique Africaine (JEA) jusqu’au grade de Guide.

Je fus aussi Secrétaire General de l’Union Scolaire de Centrafrique (USCA) puis Conseiller à la mobilisation de l’Association Nationale des Etudiants Centrafricains (ANECA). Issu d’une famille pauvre paysanne, j’ai poursuivi mes études au Lycée Barthélémy Boganda de Bangui où j’ai obtenu mon Baccalauréat série D, puis le Diplôme Supérieur de Gestion des Entreprises à l’Université de Bangui. Je complèterais ensuite ma formation par l’obtention de Master en Management en en Finances à l’Institut Supérieur de Gestion et de l’économie à Cocody en Côte d’Ivoire.

Au retour dans mon pays, j’ai eu la chance d’être recruté au Service Administratif et Financiers des Activités Communautaires (Article 2) à l’Agence de la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et au Madagascar (ASENA). J’ai été déposé au plus vite du poste parce que je n’avais pas pris la carte du parti qui était au pouvoir.

Pour subvenir au besoin de ma jeune famille, j’avais donc décidé de laisser mes diplômes pour regagner les activités des artisans miniers (Nagbatas), organisés en coopératives dans les régions de la Mambéré-kadei et de la Nana Mambéré. Comme pour confirmer que le malheur ne vient jamais seul, notre chantier minier qui produisait beaucoup de diamant nous avait été exproprié par le pouvoir en place au profit d’une société (COLOMBES MINES) sans que nous ne soyons informés et associer. Nous vivions dans un camp de fortune à 30 KM de profondeur à l’intérieur de la forêt situé entre Carnot et Berbérati. C’est à notre réveil de 5h du matin que nous nous sommes aperçu que nous étions encerclés par un commando militaire qui venait de Bangui pour nous déloger de force. Après avoir été copieusement tabassé et conduit à la prison de Carnot, j’ai été relâché après que notre chantier et nos matériels et biens aient été confisqués.

J’ai donc compris qu’à l’époque malgré mes références intellectuelles et ma détermination à me créer des activités génératrices de revenu, le métier des armes appliquait la loi dans la cité. Je me suis débrouillé pour rentrer à Bangui et de me présenter au concours des Forces Armées Centrafricaines (FACA). J’ai par la suite été admis au Concours d’entrée à l’école des Officiers d’Active de Thiès au Sénégal, organisé par la coopération française.

Aujourd’hui, je suis un Officier Supérieur, Colonel de l’Armée Centrafricaine diplômé et formé dans plusieurs académies militaires (Sénégal, Mali, Cote d’Ivoire, France, etc.), qui revendique et porte haut les valeurs de courage et le sens de l’honneur.

J’ai pris mes responsabilités face aux exactions sur la population par les rebelles « Banyamulengués » du MLC de Mr. Jean Pierre BEMBA sollicité et venu en RCA pour protéger le pouvoir du regretté Président Ange Félix PATASSE, et suis entré en rébellion aux côtés du General François BOZIZE pour bouter ces forces non conventionnelles hors du territoire centrafricain.

Je vous dis encore une fois de plus que je ne suis ni de près ni de loin associé aux différentes rébellions et groupes armés qui sévissent aujourd’hui en Centrafrique. Comment comprendre l’obstination de certains à vouloir coute que coute m’associer à la rébellion Séléka sous le prétexte que Mr Firmin FEINDIRO était avec eux, comme si ce dernier n’était pas assez grand pour faire ses propres choix. Comment comprendre cette volonté délibérée de m’accuser d’avoir financé et conduit la rébellion Séléka alors que, comme tous les centrafricains, je suis victime de leur pillage et que ma famille a été mise en débandade ?

Je suis un homme politique qui je l’espère a su marquer de son emprunt la RCA. On ignore souvent que je militais déjà dans les syndicats des élèves et des étudiants et dans les différents mouvements de la jeunesse de mon pays pour lutter contre les politiques d’inégalités sociales des gouvernements.

Nous allons avec vous aborder les points sur le bilan de mes activités gouvernementales dans les secteurs des Mines notamment les questions des Codes miniers, du Processus de Kimberley, de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) ; des réalisations effectuées par la création des multiples sociétés de diamants, d’or et de l’uranium, de l’énergie en matière d’électrification urbaine et rurale, des lois, des projets réalisés dans le secteur des hydrocarbures du secteur pétrolier avale avec les Marqueteurs TOTAL puis les questions du gisement pétrolier de notre pays ; dans le secteur de l’eau potable, souterraine et de surface.

Mais nous parlerons aussi des réalisations effectuées à la tête du Ministère des Finances lorsque j’avais conduit notre pays à l’atteinte du point de décision et d’achèvement de l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés (IPPTE) et la signature avec le FMI d’un programme triennal d’appui au développement qui malheureusement a été interrompu par mon départ.

De même nous évoquerons les réalisations menées à la tête du Ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat, du logement et des édifices publics. Car, j’avais aussi créé des entreprises publiques (Banque de l’Habitat de Centrafrique et l’Agence Centrafricaine de Promotion de l’Habitat) dans ce département qui semble restées in opérationnelles aujourd’hui. J’ai été à la tête des institutions régionales qui regroupent les 10 pays d’Afrique Centrale et ce, pendant 5 ans.

Mais je pense que l’importance de notre rencontre d’aujourd’hui réside dans nos échanges sur la situation actuelle de notre pays et la manière à laquelle nous devons envisager les perspectives d’avenir.

Pour cela, je suis pour ma part persuadé que les problèmes qui minent notre pays ne seront durablement résolus que par nous-même. Et c’est l’intérêt pour moi d’échanger sur les solutions possibles pour sortir notre pays de ce drame qui n’a que trop duré. L’extérieur ne pourra que nous appuyer dans le sens de la vision que nous aurions donné à notre pays. A cet effet, il nous faut s’unir, nous relier et bâtir ce socle commun qui permet la fierté nationale, qui permet de dépasser nos intérêts particuliers, qui nous permet de ne pas perdre notre identité, qui nous permet de gagner notre autonomie et de contribuer au développement de notre pays.

Voilà les motivations qui sous-tendent cette rencontre.

Je vous remercie.