Pour un relèvement Patriotique

Notre cher pays, le Centrafrique, traverse la plus terrible crise de son histoire. Son peuple, ses frontières, son indépendance et jusqu’à son âme, sont menacés de destruction. Les déclarations, les appels se multiplient. La communauté internationale, appuyée sur un gouvernement de transition désigné, est au chevet de notre pays sans que ces périls ne semblent s’éloigner.

Pourtant, d’innombrables preuves montrent que le peuple n’accepte pas l’horrible situation qui nous est faites. Tous les jours, des concitoyens entrent en contact. Des hauts fonctionnaires, des dirigeants de la société civile ou de nos régions, des responsables de nos forces de défense et de sécurité et des responsables politiques me témoignent directement de leur état d’esprit : il est d’un intérêt vital de créer à l’endroit des Centrafricains et des amis de la RCA, un déclic qui nous permettra de construire le socle d’un destin collectif. En faisant cela, nous sommes des patriotes.

Ce texte est né de ces échanges nombreux et de la volonté d’offrir aux Femmes et aux Hommes de bonne volonté la possibilité de se relier, de s’accorder par-delà leurs différences, pour sortir la RCA du cours tragique de son histoire.

L’urgence de s’unir.

Il nous faut, sans attendre, nous relier, nous accorder et bâtir ce socle commun qui permet la fierté nationale.

Il nous faut, sans attendre, nous relier, nous accorder et bâtir ce socle commun qui nous permet de dépasser nos intérêts particuliers parce que c’est la condition de l’Unité,

Il nous faut, sans attendre, nous relier, nous accorder et bâtir ce socle commun qui permet à chacun de ne pas perdre son identité, parce qu’elle est une dimension essentielle de sa Dignité,

Il nous faut, sans attendre, nous relier, nous accorder et bâtir ce socle commun qui permet à chacun de gagner son autonomie par son Travail, et de contribuer au développement de notre pays.

Unité-Dignité-Travail. C’est dans la fidélité à notre devise qui a consacré un pays et son peuple sans distinction de religion ou d’ethnie, que nous trouverons la force de ne plus retomber dans le piège artificiel et politicien des divisions mortifères.

Il y a d’excellentes potentialités dans tout le pays. Alors, dès à présent, il nous faut nous relever !

Et dans cette tâche immense, chacun a un grand rôle à jouer pour montrer le chemin du devoir et donner le signal du redressement.

Nos concitoyens se sentent abandonnés à leur sort. Les autorités politiques du pays, dépassées, sont abandonnées par le peuple. Dans ce chacun pour soi où chacun est livré à lui-même, dans ce chacun pour sa communauté qui semble s’imposer à tous par ce qu’il en va de la survie, se joue la liquidation des valeurs morales qui ont présidé à la création de notre pays.

Dans ces épreuves terribles, chaque centrafricain mesure combien nos communautés demeurent liées les unes aux autres : elles succomberont toutes ou gagneront ensemble.

Aussi, il faut parler nettement, sans détour, de cette douleur et de cette colère qui existent désormais au plus profond de nous-mêmes. Il n’est pas un Centrafricain qui ne soit sous cette étreinte. Il est difficile pour tous d’imaginer aujourd’hui que nos larmes seront séchées un jour.

Il n’y a aucune raison d’ignorer cette douleur et cette colère. Et quand à moi, je veux les exprimer ouvertement.

Tenons ce drame pour ce qu’il est, afin de bien prendre la mesure de ses conséquences. Reconnaissons dès à présent, qu’au-delà des modalités à trouver pour une sortie de crise, il nous faudra du temps pour aboutir à la nécessaire réconciliation. C’est pour cela qu’il nous faut commencer dès maintenant.

Réunir les conditions solides d’un relèvement durable

En premier lieu, il nous faut réunir les conditions solides d’un relèvement durable. De simples arrangements ne pourraient entrainer qu’un rétablissement provisoire. Nous sommes désormais instruits des échecs des précédents processus de « réconciliation ».

Un point déterminera tous les autres. La démocratie, quand en viendra le moment, ne doit pas être dévoyée, elle ne doit pas tourner à la dictature des plus nombreux ou des mieux organisés sur tous les autres.

Il faut que les hommes de cœur et d’esprit aient le courage de regarder les choses en face et de les dire avec franchise. Le chaos qui frappe notre pays et nos foyers est d’abord le résultat de nos errements, de nos égarements, de nos divisions et de nos règlements de compte.

Alors disons-nous que nous avons compris. Parce que nous avons collectivement 54 ans, nous sommes en mesure de cesser prétendre être des sujets de manipulation.

Assumer nos responsabilités, c’est la condition pour sincèrement travailler par nous-même au nécessaire relèvement patriotique et ainsi prendre prise sur notre destin collectif. Je sais la tentation forte et terriblement humaine d’accuser ou de dénigrer l’autre. Cela doit pourtant cesser ! Je mesure les efforts qui sont nécessaires en pareilles circonstances pour agir positivement et pour dépasser nos tentations de divisions. Mais c’est d’une impérieuse nécessité pour relever le pays.

Au même titre que les autres nations, nous devons savoir exprimer ce que nous voulons comme un peuple digne et responsable. A nous d’identifier nos problèmes, de savoir délibérer collectivement pour apporter les solutions convenables à nos aspirations profondes.

Ce travail, nous sommes nombreux à vouloir le commencer dès maintenant, pour accompagner la nécessaire réhabilitation de l’administration publique, de l’Etat et la revitalisation du lien entre le peuple et les forces vives de la nation : partis politiques, syndicats, confessions religieuses, organisations des femmes et des jeunes, opérateurs économiques etc.

Rétablir nos Forces de Sécurité et de Défense dans leurs fonctions et leurs missions

L’urgence, c’est aussi le rétablissement de la sécurité pour permettre aux déplacés et aux réfugiés de retourner sans crainte dans leurs foyers. Aucune force armée extérieure au pays ne pourra durablement garantir le droit fondamental à la sécurité des personnes et des biens.

Nos Forces de Défense et de Sécurité doivent être réhabilitées dans leur fonctions et leurs missions sur toute l’étendue du territoire national. Car c’est la condition pour garantir l’intégrité nationale. Les responsables de la communauté internationale qui réfléchissent ne peuvent ignorer qu’il n’y aurait aucune sécurité durable pour le Centrafrique, ni pour ses voisins, si une partie de notre territoire devait faire l’objet d’un séparatisme de quelque nature qu’il soit.

Je sais que nos Policiers, nos Gendarmes et nos Militaires ne sont pas épargnés par la douleur et la colère qui nous habitent. Mais je connais aussi leur professionnalisme. Leur encadrement sait parfaitement organiser le renvoi de leurs hommes en quartiers consignés sous commandement militaire. Il maitrise les processus de débriefing de ceux qui ont été impliqués dans les combats. Il sait sélectionner les hommes aptes à répondre à leurs ordres et faire respecter la discipline. Il sait comment contrôler les armes, les munitions et leur utilisation lorsqu’elles sont distribuées. De tout cela il faut lui en témoigner la confiance et lui en redonner les moyens.

Il est vrai que, nos Forces de Défense et de Sécurité n’ont pas été épargnées par les dérives du recrutement ethnique au gré des régimes politiques. Mais c’est justement la succession de ces pratiques qui la rend aujourd’hui pluriethnique dans sa composition. Car ces soldats n’ont jamais été radiés du contrôle des armées.

L’enjeu, c’est désormais de promouvoir des forces de défense et de sécurité républicaines, dépolitisées. Je sais qu’ils sont très nombreux dans leurs rangs à y aspirer du plus profond de leur engagement au service de la protection de nos compatriotes et de la nation.

Retenir dès à présent le modèle de développement du pays

Il nous faut enfin, dès à présent, retenir le modèle de développement qui nous permettra de valoriser nos énormes potentialités économiques. Les faits nous enseignent que les ressources naturelles ne font pas le développement. Car des pays dotés de formidables ressources naturelles ne se sont pas développés. A l’inverse des pays sans ressources naturelles connaissent la prospérité.

L’expérience nous montre aussi que l’aide au développement ne fait pas le développement. Elle est nécessaire, mais elle ne peut remplacer la construction de projets économiquement viables. Notre développement futur proviendra de la promotion de l’entrepreneuriat, du développement des entreprises de toutes tailles et de l’artisanat, d’un système éducatif axé sur l’acquisition de savoirs pratiques qui préparent à l’emploi et à l’activité économiquement productive.

Notre pays dispose des atouts pour se développer et nous avons les capacité humaines pour nous prendre en charge. Les ressources et les atouts de notre pays suscitent, c’est vrai, bien des enjeux et des convoitises de la part d’acteurs étrangers. Plutôt que de les en blâmer, travaillons notre capacité collective à les mettre au service d’une prospérité partagée, ou à nous en prémunir quand ils vont à l’encontre des intérêts nationaux. L’amateurisme économique, l’immaturité politique, les orgueils et les rancœurs mal-placés, sont des faiblesses qui dépendent d’abord de nous-mêmes. Réunissons ensemble la force et la hauteur de vue nécessaires au développement profitable à tous.

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Les propositions rassemblées ici appellent d’abord à la participation de toutes et tous pour, les étoffer, les nourrir, les développer, dans le même temps qu’elles circulent pour être partagées.

Dans la situation du moment, se relier et s’accorder ainsi, c’est agir. C’est se mettre à disposition pour le service de notre pays. C’est aussi, dans cette période particulièrement troublée, prendre l’engagement solennel de rendre compte de nos actions au peuple.

Responsabilité, démocratie, sécurité, développement, à chacune et chacun d’apporter sa pierre à l’édifice commun au nom duquel vivre ensemble prendra tout son sens et sa solidité.

Le 1er mai 2014

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