La Crise en RCA et les perspectives d’avenir – Rencontre avec le MRC –

SITUATION CENTRAFRICAINE EN CE JOUR

La République Centrafricaine jadis l’Oubangui Chari, notre cher et beau pays, traverse la plus terrible crise de son histoire. Son peuple, ses frontières, son indépendance, son identité et jusqu’à son âme, sont menacés de destruction. La situation en Centrafrique est restée apocalyptique et dramatique, la sécurité des personnes et des biens n’est pas assurée laissant la place à des conflits intercommunautaires et interreligieux. Il y’a des armes disséminées partout dans le pays qui ne sont ramassées ni contrôlées. C’est un pays sans Etat (en faillite) en proie à l’anarchie sans que quiconque (Autorités nationales, Leaders politiques et d’opinion ou Communauté internationale) n’arrive à reprendre le contrôle ou apporter des solutions idoines. La communauté internationale, appuyée sur un gouvernement de transition désigné, est au chevet de notre pays sans que le péril ne semble s’éloigner. Les gouvernements se succèdent à la tête du pays sans aucun programme politique consensuel de sortie de crise afin de mettre fin à la souffrance du peuple. Des accords nationaux, régionaux et internationaux sont signés entre les protagonistes sans aboutir à rétablir l’Etat centrafricain. Des résolutions des Nations Unis ont été prises, accompagnées par le déploiement des forces internationales sans que la paix et l’ordre ne soient rétablis. Cette situation nous amène à se poser la question de savoir quel est aujourd’hui le régime républicain de notre pays ?

ANALYSES DE LA CRISE

Notre pays a été sujet à des crises politico-militaires à répétition durant plusieurs décennies sans que les vérités sur les causes et les origines de ces crises (celles-ci) ne soient honnêtement établies et résolues.

A mon avis, il existe deux caractères principaux qui constituent les causes et les origines des crises en Centrafrique: Caractère exogène et Caractère endogène.

Du caractère exogène. La RCA est un pays vaste et riche qui dispose d’énormes variétés des richesses naturelles. Ce pays dans l’épicentre des enjeux géostratégiques et des multiples intérêts économiques est l’objet des conquêtes et des luttes pour le contrôle de ses potentialités depuis plusieurs décennies. D’où la naissance des soubresauts militaro-politiques à la solde de puissances occultes empêchant et retardant son développement ainsi que celui de son peuple.

La convoitise de ces ressources naturelles suscite beaucoup de batails pour leur contrôle par des grandes compagnies étrangères. Cela représente souvent les sources des déstabilisations des pouvoirs en place qui se répercute par l’aggravation des conditions de vie de la population et le retardement du développement du pays. Ce phénomène empêche l’Etat centrafricain de mener à terme un programme de développement durable.

On ne peut occulter le fait qu’il existe un cycle de violence et de coup de force tous les dix (10) ans en Centrafrique. D’ailleurs ce cycle correspond aussi aux périodes de validation, d’attribution et/ou de renouvellement des titres d’exploitation des ressources naturelles du pays aux multinationales. C’est dire que le problème réside aussi dans l’absence de sincérité des conquérants qui n’ont pas l’honnêteté d’exprimer clairement leurs demandes sans sacrifier à répétition la sécurité de la population et la stabilité du pays.

Mais les centrafricains restent et demeurent les responsables premiers de leur malheur car l’extérieur n’aura fait que récupérer nos trahisons et exploiter nos divisions.

Du caractère endogène, notre pays est instable depuis son indépendance en 1960 à cause de la rareté des leaders avertis et éclairés par une vision commune assied sur des valeurs républicaines.

Cette carence de leadership et des leaders dévoués à la cause nationale a laissé la place à des pseudos hommes politiques qui ont conquis les pouvoirs de l’Etat pour des ambitions personnelles et catégorielles. On les voit dans des jeux d’alliances et d’intelligences avec l’extérieur souvent contre l’intérêt de leur pays. La plupart de nos hommes politiques arrivent au pouvoir dans les conditions et la volonté des intérêts extérieurs qui n’ont la tête qu’à plaire à leurs géniteurs. Il s’en suit l’absence de la trilogie politique fondée sur les valeurs nationales : J’en veux pour preuve notre difficulté à déterminer les visions et les idéologies, les programmes du gouvernement et les projets de sociétés des Partis politiques centrafricains qui se multiplient dans notre pays. Comment comprendre qu’en RCA il existe plus de de 80 partis politiques pour une population d’environ 4 millions d’habitant, alors que le pays compte moins de 10 entreprises formelles appartenant aux centrafricains ? Ce qui a pour conséquence l’absence d’un socle commun qui nous permet de nous relier et de nous accorder sur la dimension essentielle de notre unité nationale afin de bâtir le développement durable de notre pays. L’une des choses qui frappent en Centrafrique, c’est que chaque centrafricain veut occuper les postes du pouvoir politique, et est prêt a les arracher par n’importe quels moyens. D’où l’absence de l’alternance politique.

LES PERSPECTIVES D’AVENIR

Notre pays est sous un régime d’exception par une période de transition politique. Ce modèle de gouvernance n’est pas destiné à bâtir un modèle de développement durable. Il est destiné à pallier à l’urgence afin de sauver la nation en pleine dérive. Mais au vue de la situation actuelle, on retient que les actions des autorités de transition ont montrées leurs limites à éradiquer le mal.

Personnalité forte pour garantir l’intégrité nationale, restaurer l’autorité de l’Etat puis rétablir les Forces de Défense et de Sécurité dans leurs fonctions régaliennes et leurs missions traditionnelles dans l’intérêt supérieur de la république et ce, sur toute l’étendue du territoire nationale;

Face aux multiples groupes armés et à la prolifération des armes légères et lourdes dans le pays, la solution aurait été de privilégier le choix d’une personnalité forte acceptée, respectée par les militaires et dont son commandement n’est pas contesté par ceux-ci pour faire face à l’urgence sécuritaire qui prévaut dans le pays. Cette personnalité forte ne doit être impliqué ni dans la séléka, ni dans les anti-balakas. Il doit faire l’humanité auprès de la population, surtout les jeunes. Il doit pouvoir mettre les intérêts du pays avant toutes choses et être perçu par la population comme tel afin de la remettre en confiance. Le peuple ne doit pas percevoir cette personnalité comme un homme ou une femme imposé(e) de l’extérieur.

L’urgence c’est aussi le rétablissement de la sécurité pour permettre aux déplacés internes et aux réfugiés de retourner sans crainte dans leurs foyers respectifs. Aucune force armée extérieure au pays ne pourra agir seule et garantir le droit fondamental à la sécurité des personnes et des biens. Les autorités de la transition et les responsables de la communauté internationale qui s’impliquent ne peuvent ignorer qu’il n’y aura aucune sécurité durable pour le Centrafrique, ni pour ses voisins, si une partie de notre territoire doit faire l’objet d’un séparatisme de quelque nature que ce soit. Il y’a un seul Centrafrique, Une seule nation. Il ne saurait être autrement. Les Centrafricains ne sauraient accepter autre chose. Je sais que nos Policiers, nos Gendarmes et nos Policiers ne sont pas épargnés par la douleur et la colère d’être écartés et de ne pas être les impliqués dans le processus de la transition pour agir et sécuriser leurs concitoyens et leur pays. Je connais le professionnalisme de leur commandement à bien mener le processus de la pacification du pays. De tout cela, il faut lui en témoigner la confiance et lui redonner les moyens. Je sais qu’ils sont très nombreux dans leurs rangs à y aspirer du plus profond de leur engagement au service de la protection de nos compatriotes et de la nation.

L’urgence de s’unir et de se relier pour bâtir un socle commun.

Suite aux conflits fratricides qui ont déchirés notre pays, il nous faut, sans attendre, nous relier, nous accorder et bâtir un socle commun qui permettra de rester fidèle aux principes fondamentaux de notre patrie : Unité-Dignité-Travail. C’est dans la fidélité à notre devise qui a consacré un pays et son peuple sans distinction de religion ou d’ethnie, que nous trouverons la force de ne plus retomber dans le piège artificiel et politicien des divisions mortifères.

Il nous faut nous relever parce qu’il y’a d’excellentes potentialités dans tout le pays. Chacun de nous a un grand rôle à jouer pour montrer le chemin du devoir et donner le signal du redressement.
Il nous faut l’unité dans la pluralité et la diversité, Il faut être différent dans un ensemble unique.

Nos concitoyens se sentent abandonnés à leur sort. Les autorités politiques du pays, dépassées, sont abandonnées par le peuple. Dans ce chacun pour soi où chacun est livré à lui-même, dans ce chacun pour sa communauté qui semble s’imposer à tous par ce qu’il en va de la survie, se joue la liquidation des valeurs morales qui ont présidé à la création de notre pays. Dans ces épreuves terribles, chaque centrafricain mesure combien nos communautés demeurent liées les unes aux autres : elles succomberont toutes ou gagneront ensemble. Aussi, il faut convoquer le forum qui permettra à tous de parler nettement, sans détour, de cette douleur et de cette colère qui existe désormais au plus profond de nous-mêmes. Il n’est pas un centrafricain qui ne soit sous cette étreinte. Il est même difficile d’imaginer aujourd’hui que nos larmes seront séchées un jour. Il n’y a aucune raison d’ignorer cette douleur et cette colère et de laisser ceux qui ne vivent pas cette peine décider à notre place ! Quant à moi, je veux les exprimer ouvertement. Tenons ce drame pour ce qu’il est, afin de bien prendre la mesure de ses conséquences. Reconnaissons dès à présent, qu’au-delà des modalités à trouver une sortie de crise, il nous faudra du temps pour aboutir à la nécessaire réconciliation. C’est pour cela qu’il faut commencer dès maintenant.

Réunir les conditions solides d’un relèvement durable

En premier lieu, il nous faut réunir les conditions solides d’un développement durable. Des simples arrangements ne pourraient entrainer qu’un rétablissement provisoire. Nous sommes désormais instruits des échecs des précédents processus de « réconciliation ». Un point déterminera tous les autres. La démocratie, quand viendra le moment, ne doit pas être dévoyée, elle ne doit pas tourner à la dictature des plus nombreux, des plus forts, des plus « connectés » ou des mieux organisés sur tous les autres. Il faut que les hommes de cœur et d’esprit aient le courage de regarder les choses en face et de les dire avec franchise ; Le chaos qui frappe notre pays et nos foyers est d’abord le résultat de nos errements, de nos divisions, de nos injures, de nos haines et de nos règlements de compte.

Alors disons-nous que nous avons compris. Parce que nous avons collectivement 54 ans, nous sommes en mesure de cesser de prétendre être des sujets de manipulation.

Assumer nos responsabilités, c’est la condition pour sincèrement travailler par nous-même au nécessaire relèvement patriotique et ainsi prendre prise sur notre destin collectif. Je sais la tentation forte et terriblement humaine d’accuser ou de dénigrer l’autre. Cela doit pourtant cesser ! Je mesure les efforts qui sont nécessaires en pareilles circonstances pour agir positivement et pour dépasser nos tentations de divisions. Mais c’est une impérieuse nécessité pour relever le payer. Au même titre que les autres nations, nous devons savoir exprimer ce que nous voulons comme un peuple digne et responsable. A nous d’identifier nos problèmes, de savoir délibérer librement et collectivement pour apporter les solutions convenables à nos aspirations profondes.

Ce travail, nous sommes nombreux à vouloir le commencer dès maintenant, pour accompagner la nécessaire réhabilitation de l’administration publique, de l’Etat et la revitalisation du lien entre le peuple et les force vives de la nation : partis politiques, syndicats, confessions religieuses, organisations des femmes et des jeunes, opérateurs économiques, profession libérale etc.

Retenir dès à présent le modèle de développement de notre pays

Il nous faut enfin dès à présent retenir le modèle de développement qui nous permettra de valoriser nos énormes potentialités économiques. Les faits nous enseignent que les ressources naturelles ne font pas de développement. Car des pays dotés de formidables ressources naturelles ne sont pas développés. A l’inverse des pays sans ressources naturelles connaissent la prospérité. L’expérience nous montre que l’aide au développement ne fait pas le développement. Elle est nécessaire, mais elle ne peut remplacer la construction de projets économiquement viables.

Notre développement futur proviendra de la promotion de l’entreprenariat, du développement des entreprises de toutes tailles et de l’artisanat, d’un système éducatif axé sur l’acquisition de savoirs pratiques qui préparent à l’emploi et à l’activité économiquement productive.

Notre pays dispose des atouts pour se développer et nous avons les capacités humaines pour nous prendre en charge. Les ressources et les atouts de notre pays suscitent, c’est vrai, bien des enjeux et des convoitises de la part d’acteurs étrangers. Plutôt que de les en blâmer, travaillons notre capacité collective à les mettre au service d’une prospérité partagée, ou à nous en prémunir quand ils vont à l’encontre des intérêts nationaux. L’amateurisme économique, l’immaturité politique, les orgueils mal-placés, sont des faiblesses qui dépendent d’abord de nous-mêmes. Réunissons ensemble la force et la hauteur de vue nécessaire au développement profitable à tous.

Bâtir une institution forte.

Il nous faut une institution forte pour une gouvernance intègre et transparente. En premier lieu, à ce stade de la situation politique, il y’a besoin de tout le monde, de plusieurs responsables politiques qui se comportent en Hommes d’Etat. Dans ce cadre « bâtir une institution forte », c’est rassembler des hommes et des femmes ayant le sens de l’Etat et représentatifs du pays et du peuple. Car les hommes d’Etat s’inscrivent en permanence dans l’action et dans la responsabilité. La fin ultime des hommes d’Etat est la défense des intérêts de leur pays, qu’ils soient d’ordre stratégique, géopolitique, économique ou social. La qualité essentielle des hommes d’Etat est la lucidité qui suppose une compréhension directe des principales problématiques économiques, sociales et géopolitiques. Les hommes d’Etat doivent se baser sur leurs expériences, leurs compétences et leurs cultures personnelles pour choisir le cap à suivre pour leur pays. Ils s’inscrivent dans la durée et la persévérance dans l’action à cause de leur courage et sont jugé sur leurs capacités d’entrainement. Ils doivent se montrer exemplaires et exiger l’exemplarité à l’ensemble de leur gouvernement. Pour les hommes d’Etat, ils sont des valeurs telles que la liberté, la paix, la démocratie, la fraternité, la solidarité qui leur semblent impossible à enfreindre, quelques soient les circonstances. Ils aiment leur patrie et leur peuple. C’est des serviteurs de l’humanité car, ils ont complètement renoncé à une certaine conception de la politique et de l’Etat, reposant sur le mensonge et la violence. Ils sont toujours prêts à s’effacer devant l’intérêt général de leur pays, de leur peuple. Ils font du pouvoir politique non pas une fin, mais un moyen.

Cela dit, évitons tout de même, toute vision manichéenne entre hommes d’Etat et hommes politiques. Pour comprendre la différence entre les deux qualités, je me réfère souvent à la formule de Richard NIXON qui dit : « Le politicien suit le peuple alors que le peuple suit l’homme d’Etat ». Pour finir, il nous faut retenir que d’innombrables preuves montrent que le peuple centrafricain n’accepte pas l’horrible situation qui nous est faite. Tous les jours, des concitoyens entrent en contact. Des hauts fonctionnaires, des dirigeants de la société civile ou de nos régions, des responsables politiques me témoignent de leur état d’esprit : il est d’un intérêt vital de créer à l’endroit des centrafricains et des amis de la RCA, un déclic qui nous permettra de construire le socle d’un destin commun. En faisant cela, nous sommes des patriotes. Ce message à votre endroit est né de ces échanges nombreux et de la volonté d’offrir aux Femmes et aux Hommes de bonne volonté la possibilité de se relier, de s’accrocher par-delà leurs différences, pour sortir la RCA, notre patrie du cours tragique de son histoire.

Je vous remercie.

PATRIOTIQUEMENT