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UNE VERITABLE SORTIE DE CRISE : C’EST ORGANISER LA TRANSITION VERS UNE NOUVELLE TRANSITION EN CENTRAFRIQUE

I – UN ETAT DES LIEUX PREOCCUPANT : UNE CRISE PERSISTANTE SUR FONDS DE CONFLITS ENTRTENUS

1°) – Echec et décrédibilisation de l’actuelle transition (Gouvernement et CNT)

Tout le monde est unanime pour constater l’incapacité des autorités de transition établies depuis Janvier 2014 à conduire une transition apaisée et inclusive : communauté internationale, acteurs de la crise, population. A cette incapacité s’ajoute l’image négative de Catherine SAMBA PANZA (corruption, népotisme et clanisme, justice sélective…). L’ensemble des membres du gouvernement de transition sont coupés de la population et d’une partie de leur propre base politique. Ils sont obligés de rester consignés pour des raisons de sécurité dans leurs résidences ou des hôtels à Bangui et ne peuvent s’en éloigner de plus de quelques kilomètres.

2°) – Persistance des affrontements fratricides entre les communautés

Depuis Mars 2013 jusqu’à aujourd’hui à l’arrivée du gouvernement SAMBA PANZA, le conflit s’enlise, le peuple se déchire et le pays s’enfonce. L’arrivée des autorités de transition actuelles n’ont absolument pas changé cet état de fait. Chaque jour dans la capitale se déroulent des attaques à mains armées, des habitations sont brûlées, les braquages et les pillages se poursuivent et les crimes se perpétuent. Plus largement, c’est aussi à l’échelle du pays que l’objectif de désarmement est en échec : dans l’ouest du pays, le nord-est, la plupart des grandes villes du pays qui sont des zones de non droit : Nola, Carnot, Bozoum, Bossangoa, Batangafo, Paoua, Berbérati, Kaga Bandoro, Bambari, Ndélé, Birao, Bangassou, Obo…

Les groupes armés n’ont pas été démobilisés, désarmés et réinséré dans un commandement unique et contrôlé. Ce qui est considéré comme leur cantonnement ne sont rien d’autres que les états-majors à partir duquel leurs exactions sont planifiées à la barbe des autorités et de la communauté internationale (MINUSCA).

La RCA n’est ni sécurisée, ni désarmée, et l’autorité de l’Etat est inexistante.

3°) – Réfugiés et déplacés centrafricains

Face aux exactions permanentes et à l’absence de sécurisation de la population, celle-ci est en déplacement vers les camps de fortunes et/ou se réfugie en brousse et vers les pays voisins. Sur environ quatre million et demi (4,5) que comptent les centrafricains, les organisations humanitaires dénombrent plus d’un million et demi « déplacés internes » plus 900 000 réfugiés dans les pays voisins.

4°) – Inefficacité des actions de la Communauté internationale

Les actions de la MINUSCA, de l’EUFOR-RCA, de l’opération Sangaris sont loin de mettre fin aux conflits et n’apportent que des solutions ponctuelles, passagères et superficielles. Les forces internationales n’apportent pas la paix escomptée et sont débordées par des assaillants incontrôlables qui leur opposent une bataille asymétrique. Les Forces de Défense et de la Sécurité étant mises en quarantaine, les soldats étrangers ne reçoivent pas l’appui de la population pour mener les actions du rétablissement de la paix.

II – L’IMPASSE POLITIQUE ACTUELLE

1°) – Impossibilité de tenir prochainement des élections libre et juste

Des voix de plus en plus nombreuses se sont élevées pour dénoncer l’organisation des élections en 2015. Régulièrement annoncées elles ont été reportées à plusieurs reprise faute de préparation suffisante, de la situation des nombreux déplacés, de la sécurité et de l’ordre public non assurés y compris dans Bangui même. L’Etat et son administration sont absents de 70 % du territoire, les dossiers d’état civil ont été brûlés ou emporté lors de la conquête du pouvoir par la rébellion Seleka et aussi pendant les affrontements entre les groupes armés. Les opérations de « recensement électoral » sont largement contestées, au point que même les membres dirigeants de l’ANE (Agence Nationale des Elections) ont démissionnés. Ils ont depuis été remplacés par une nomination autocratique (décret présidentiel) de personnalités non consensuelles.

L’annonce du nouveau calendrier avec un projet d’élections en décembre et janvier est la marque d’une fuite en avant dans la crise plus que la recherche d’une solution politique pour l’après actuelle transition, qui ne peut aller au-delà du 31 décembre, maintenant au 31 Mars 2016 selon la CEEAC. Si ces élections devaient se tenir, elles le seront sans possibilité pour les candidats de faire campagne et probablement dans un contexte de violences importantes. Elles seront partielles et partiales, leur résultat sujet à de vives contestations, avec au final une persistance, voire une aggravation de la crise.

3°) – Echec de la réconciliation

Le Forum organisé à Bangui au mois de Mai 2015 pour créer les conditions d’une paix aux fins d’un retour à l’ordre constitutionnel, est, sans surprise, un échec patent : les résolutions adoptées ont été inobservées dès le lendemain. Le caractère non inclusif à travers l’exclusion des acteurs majeurs de la crise n’a abouti qu’à la prolongation de la transition sans apporter la réconciliation. Quoi que l’on puisse penser des responsabilités dans le drame actuel de ces acteurs écartés du Forum et sans préjuger de leurs condamnations futures par les juridictions compétentes, leur mise à l’écart du Forum a été une erreur politique majeure.

La population dans sa majorité et les leaders centrafricains ont perçu ce Forum comme une machination importée et orchestrée par un gouvernement illégitime pour empêcher un traitement sincère des causes du conflit centrafricain. La parole a été monopolisée par les gouvernants et des délégués de province soigneusement sélectionnés.

Cette occasion ratée a endurcie les replis identitaires des différentes couches sociales de la nation qui se sont constituées en des groupes d’auto-défense et lutte communautaire. Il est donc d’une urgence nécessité de faire parler les centrafricains entre eux sans aucune exclusion de quelques motifs que ce soit.

3°) – Des candidats sans base ni soutien populaire

Le vide politique en RCA ne tient pas qu’à la situation des autorités de transition. Il faut y ajouter l’énorme dispersion des forces politiques comme le montrent les dizaines de déclarations d’intentions publiques de candidatures à l’élection présidentielle. Enfin, et ce n’est pas la moindre des questions, il faut bien prendre la mesure de l’usure des « figures historiques » de la politique en RCA, alors même que ces responsables sont toujours très en vue à l’étranger, où elles consacrent d’ailleurs le plus important de leurs efforts de campagne. Ces hommes politiques sont coupés de leurs bases sociales, politiques et/ou militaires, ils sont au mieux sans prise avec la population, au pire menacés pour leur propre sécurité dans leur communauté d’origine.

Quelques-uns ont déposé et d’autres ont déclaré leurs candidatures aux prochaines élections sans pouvoir tenir des meetings ou de réunions élargies. Certains candidats sont d’ailleurs des chefs de groupes armés qui ont conservé leur arsenal de guerre. La majorité du peuple considère ces candidats comme leurs bourreaux qui reviennent, comme les criminels, sur le lieu de leur crime. Il est de ce point de vue très révélateur que l’essentiel des opérations de promotion électorale se fasse auprès des gouvernements et responsables politiques de pays étrangers plutôt qu’en direction de la population centrafricaine. Ce serait pourtant une grave erreur que de penser qu’en l’état des forces en présence un Président de la RCA puisse être installé depuis des capitales étrangères sous couvert d’une élection bâclée.

4°) – Pérennisation du conflit par la « justice des vainqueurs »

Chacun peut constater qu’au plus haut niveau des autorités de transition un choix net a été fait. Celui d’utiliser une justice sélective à l’encontre de personnalités importantes pour le bon déroulement d’un processus de paix et de réconciliation, ou de les en menacer par des déclarations publiques. Ces personnalités interprètent en retour ces actes comme une tentative de liquidation et agissent ou font agir en conséquence. Qui a aujourd’hui les moyens réels de cette liquidation sans qu’elle n’entraine de nouveaux troubles durables en RCA ? Quelles forces pourront faire face à ces troubles ? Personne…

Cette situation pose la question plus générale de la bonne articulation entre le processus de stabilisation politique et le processus de justice dans le cadre de la réconciliation.

Jouer les deux ensembles, sans avoir les moyens de cette politique confuse, est le meilleur moyen de n’avoir ni justice ni réconciliation, avec en toile de fond des crimes de masse, largement sous-estimés dans ce qui se dit officiellement, et l’existence de charniers qui sont autant de preuves dans les zones actuellement militairement occupées (jusque dans la cour du ministère de la Défense à Bangui).

III – FEUILLE DE ROUTE POUR UNE NOUVELLE TRANSITION

1°) – Un processus de transition vers la nouvelle transition

Puisque d’ici le 31 mars 2016, le scénario d’élections légitimes n’est pas un scénario de sortie de crise, et qu’il est désormais établit que pour pouvoir réaliser de telles élections il faudra le temps nécessaire d’en réunir les conditions politiques et de sûreté, il faut désormais penser un processus de transition vers une nouvelle transition.

La communauté internationale, pourtant bien consciente de l’impasse d’un scénario élections en décembre 2015 et de ses risques, reste collectivement en recherche d’une solution solide et pérenne et dans l’attente d’initiatives qui pourraient la révéler. Ce constat collectif d’attente assez peu proactive est avéré malgré la diversité des intérêts, des positions et des points d’observation de ses membres parmi les plus importants sur le dossier RCA.

Installer une nouvelle transition signifie faire la démonstration qu’il existe un candidat sérieux pour la conduire, c’est-à-dire capable de rassembler très largement ; animé d’une volonté d’apaisement des tensions et des rivalités, mais suffisamment craint et respecté pour tenir ; jugé capable du fait de réalisations passées avérées ; reconnu comme n’ayant pas pris part à la dégradation de la situation en RCA depuis le pouvoir Bozizé, n’ayant pas constitué un de ces micro parti qui pullulent en même temps qu’ils enferment leurs dirigeants dans de petites coteries.

2°) – Adoption d’une plateforme politique de salut publique

Sur une base proposée par le candidat sérieux et à l’issue de débats contradictoires et constructifs, il s’avère nécessaire et urgent d’établir une solide doctrine destinée à réconcilier les centrafricains et à bâtir le socle commun qui uni son peuple. Après la menace d’une perte d’identité naturelle des centrafricains, il est important de reconstituer les raisons et les fondements constitutifs qui permet le vivre ensemble de la nation.

3°) – Mise en place d’un organe consensuel de gestion de la transition

Pour éviter les échecs du Conseil National de Transition désigné et établit par les putschistes, il faut constituer un organe pour la gestion d’une nouvelle transition.

COMPOSITION : Il doit être légitime reconnu et respecté par le peuple ainsi que par les forces vives de la nation. Il rassemblera des représentants de corps sociaux constitués, désignés par eux, et non des personnes désignées sur leur propre nom : associations de notables, organisations des femmes, des jeunes et de la société civile (Syndicat, Barreau des avocats, Notaires, ONG nationales), les confessions religieuses (catholique, protestant, islam), les partis politiques représentatifs, les Forces de Défense et de la Sécurité (Police, Gendarmerie et Militaires).

MISSIONS : ratifier la feuille de route définitive de la transition (voir point 4), et veiller à sa bonne mise en œuvre

4°) – Premier projet de feuille de route de la nouvelle transition

- définition d’une feuille de route en matière de sécurisation du territoire par des forces de défense et de sécurité nationales, avec une place et un rôle dans le commandement donné aux ex-seleka et aux Anti-Balakas (en particulier en prévision des opérations à mener contre les groupes armés résiduels). La formation de ces FDS pourra être assurée pour partie par dans le cadre de la coopération militaire avec différents pays, pour partie par des prestataires privés (sur financements internationaux). Mais plus que la formation, l’enjeu c’est le rétablissement de la discipline à tous les niveaux des FDS qu’il faudra rétablir et donc le choix d’hommes capables et légitimes pour rétablir un commandement militaire.

- programme d’aide au retour des réfugiés

- réinstallation de l’administration, des services de première nécessité (électricité, eau potable et assainissement, hôpitaux et centres de santé…) et l’urgence relance du système éducatif pour les jeunes exposés aujourd’hui à l’enrôlement des groupes armés.

- processus politique inclusif, bien articulé avec le volet justice, sur le modèle de ce qui s’est fait dans d’autres pays du continent africain (Afrique du Sud, Rwanda). Dans ce cadre, l’identification des responsabilités et la reconnaissance nécessaire des victimes doit être découplé du processus de reconstruction politique, qui doit se développer sur d’autres terrains (et il n’en manque pas…)

- travail et adoption d’une nouvelle constitution, comprenant les dispositions spécifiques relatives à l’organisation des élections à l’issu du processus, et éventuellement une nouvelle organisation territoriale en plusieurs administrations régionales chapeautées par un pouvoir central ; recensement électoral.

Fait le 28 Novembre 2015

Sylvain NDOUTINGAÏ

Citoyen Centrafricain

MESSAGE DE SYLVAIN NDOUTINGAÏ A L’OCCASION DU FORUM DE BANGUI

Chers Compatriotes ;

Notre pays traverse la plus terrible crise de son histoire. Le Centrafrique a basculé dans le chaos et l’anarchie suite à des conflits militaro-politiques. Notre peuple, nos frontières, notre indépendance et jusqu’à notre âme, sont menacés de destruction. La Communauté internationale, appuyée sur un gouvernement de transition désigné, est au chevet de notre pays sans que ces périls ne semblent s’éloigner.

Pour une énième fois, il a été décidé, d’en haut et sous les auspices de médiateurs internationaux, de tenter une réconciliation pour éradiquer les maux qui minent notre cohésion nationale et qui empêchent notre développement.

Comme vous, instruit des multiples échecs des précédentes initiatives de « réconciliation », ce « Forum de Bangui » suscite chez moi un mélange de déceptions et d’espoir. Continue la lecture

La Crise en RCA et les perspectives d’avenir – Rencontre avec le MRC –

SITUATION CENTRAFRICAINE EN CE JOUR

La République Centrafricaine jadis l’Oubangui Chari, notre cher et beau pays, traverse la plus terrible crise de son histoire. Son peuple, ses frontières, son indépendance, son identité et jusqu’à son âme, sont menacés de destruction. La situation en Centrafrique est restée apocalyptique et dramatique, la sécurité des personnes et des biens n’est pas assurée laissant la place à des conflits intercommunautaires et interreligieux. Continue la lecture